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L’association ACcible  a organisé le samedi 25 janvier, un atelier de sous-titrage de vidéos de formation. Pourquoi ? Parce que l’accessibilité au web devrait être un droit… Pour tous.

«Ils oublient que nous sommes là, le peuple sourd.» 

Claire Garguier est une jeune femme pétillante qui clavarde avec entrain sur les tables en bois du Numa. Elle échange, elle conseille, elle sous-titre des vidéos. Claire est chargée de médiation et d’accessibilité à la bibliothèque des sciences de la Cité des Sciences et de l’Industrie. À côté d’elle, Corinne, très attentive, sonde la pratique de Claire, favorise le contact avec les autres participants de l’atelier. Corinne est ingénieure pédagogique multimédia. C’est un ballet de sourires et de mouvements gracieux des mains. Car Claire est sourde de naissance.

Ce samedi froid de janvier, elle est venue partager son expérience avec les participants de l’atelier de sous-titrage de vidéos porté par l’association ACcible. Les sous-titres en français ne sont pas pour elle un confort, mais une nécessité. Quand nous lui demandons quel est le principal défaut du web pour elle, la réponse fuse : «Ils oublient que nous sommes là, le peuple sourd.»

Alors que nous pensions le web universel, véritablement 2.0, ouvert à tous et pour tous, nous serions-nous trompés ? Les exemples de Claire fusent :

«  Pour remplir le formulaire pour s’inscrire sur un site, on me force à mettre un numéro de téléphone que je ne voulais pas mettre et pour cause,  sinon mon inscription ne passera pas. Pourquoi pas ajouter un numéro de sms ?» Logique… implacable.

Autour de Claire, Corinne, Brigitte et Jacques rejoignent le cercle pour expliquer la démarche de l’association ACcible. « L’humain n’est pas fait sur un modèle unique, celui de l’intégrité physique. Aussi, c’est notre métier en tant que formateur de se poser la question du « pour tous» en matière d’accessibilité.»

On comprend vite que si la gratuité autorisait l’accès, il n’était pas le garant de l’accessibilité.

Le combat d’ACcible est donc celui de l’individualisation de la formation, de permettre à des publics traditionnellement exclus pour cause d’échec ou de handicap, de profiter des MOOCs, ces fameux « cours en ligne ouverts et massifs ».

« Nous voulons penser les deux bouts de la chaîne de la formation» dit Brigitte, accompagnatrice d’entreprise.

Sur leur site, Michel Serres est souvent à l’honneur. Sans doute, parce qu’ils veulent défendre une philosophie de l’éducation pour tous.

«  Si on ne fait réussir que ceux qui ont déjà l’autonomie, il y a inégalité et donc manque à la promesse des MOOCs » nous dit Jacques Rodet.

Ce qui les réunit aujourd’hui ce sont les vidéos et la nécessité de les rendre accessibles en les sous-titrant.

« Des vidéos à lire. Comme les cours de cuisine, mais s’ils parlent, sans nous donner leur recette à l’écrit, ni leurs conseils, je ne peux pas les comprendre. Je me sens revenir à l’époque des années 1980 où il n’y avait  rien en terme de sous-titrage à la télévision (sauf  le cinéma après minuit). Si sur bien des points le web est pour nous un formidable moyen, il exclut encore, malheureusement » dit Claire.

«  Le possible est juste caché derrière l’impossible. »

Via leur site internet, ACcible a réuni une communauté francophone de bénévoles préoccupés, comme eux, par les modalités de réussite dans la formation à distance.

Ils sont professeurs, accompagnateurs, étudiants. Ils sont à Haïti, en Algérie, au Canada. Tous savent que le sous-titrage en français des vidéos est un facteur important, de mémorisation, de compréhension pour les publics en difficulté.

Sous-titrer toutes les vidéos de formation semble un travail titanesque, irréalisable. Mais comme l’affirme Corinne dans un doux sourire tenace, « le possible est juste caché derrière l’impossible.» Et pour aller chercher l’impossible, l’association se fonde sur les principes du travail collaboratif pour favoriser les processus de coproduction des savoirs.

Grâce au bidouillage, ces nouveaux hackers, veulent faire du « disparate » un projet construit autour de l’utilisateur. Pour autant, contourner « l’impossible » nécessite des troupes et de la méthode. Former, agréger des volontaires, fabriquer ensemble une méthode, ouverte à tous, capable de devenir un moyen de changer l’ordre des choses.

«  Quand on veut se rendre compte que personne ne sait rien sur l’autre, il faut se rencontrer »

Le 15 décembre 2013, ACcible a organisé un premier atelier de sous-titres collaboratif.  À cette occasion, ils ont appris, affiné leur processus, jusqu’à diviser le temps de travail de sous-titrage par deux.

Ils travaillent en duo sur des vidéos partagées par T@d ( http://blogdetad.blogspot.fr/ ) pour leur première transcription, à l’occasion de ses 10 ans d’existence.

« On lit beaucoup de bienveillance dans les commentaires sur les documents de transcription partagés. Nous avons eu une jeune fille qui ne parlait et n’écrivait pas un très bon français. Au début elle a transcrit deux lignes avec beaucoup de fautes. Mais dans la marge, elle a pu lire les autres l’encourageant «  Encore un petit effort, tu vas y arriver, fais une ligne de plus ». Maintenant, elle transcrit facilement et elle a beaucoup progressé et c’est elle qui encourage les autres» nous raconte Corinne, l’une des « hacktiviste » de ACcible. Ensuite vient l’étape du découpage. Bien entendu, ils ont choisi un logiciel libre Subtitle Edit  en cohérence avec leur philosophie.

Il faut être attentif et précis : pas plus de 35 caractères par ligne, s’adapter aux capacités cognitives moyennes qui veulent que l’oeil ne lit que de 11 à 15 caractères par seconde, coller à la lecture labiale.  Enfin, faire relire à la communauté avant d’intégrer dans la vidéo.

De ces deux ateliers, ils espèrent tous tirer ce nécessaire « guide des bonnes pratiques en matière d’accessibilité à la formation » et pouvoir ainsi promouvoir ces pratiques auprès du plus grand nombre.

La prochaine étape ?

Claire Guarguier  pose les bases du prochain chantier :

« Il faudrait aussi ajouter les traductions en langue des signes française, car 80% de sourds sont illettrés.  Pour nous il est important de rendre accessibles  les contenus dans la  langue des signes française qui est notre première langue (langue maternelle), car lire  la langue française est un peu difficile ! On croit parfois  avoir compris et en fait non.  Par exemple : lorsqu’on a parlé du virus du VIH que l’on signe sous la forme d’un soleil auquel il ressemble,  les sourds avaient  compris le message de travers. Ils avaient compris :  le soleil vous donne le Sida.»

Si vous voulez entrer en contact avec ACcible et participer à ce beau projet d’une « formation en ligne pour toutes et tous », vous pouvez rejoindre la petite armée des « collaborateurs » de l’association en cliquant ici.

A PROPOS DE L'AUTEUR

Karine Goldberg